mercredi, décembre 13, 2017
Cannabis actualités

Le succès du microdosage en médecine cannabique

Bienvenue dans le cannabis 2.0, où moins vous utilisez de produit, meilleur est le résultat.

« Dans toute médecine, avec tous les médicaments, vous recherchez la dose efficace minimale » — Dr Getty

Durant l’hiver 1999, le Dr Allan Frankel, un médecin interne renommé à Los Angeles, a souffert d’une infection virale du cœur. Les docteurs lui ont dit qu’il lui restait six mois à vivre. Il avait essayé le cannabis à de rares occasion, mais nombre de ses patients atteints de cancer et du SIDA l’ont fortement encouragé à l’utiliser pour son cœur. Un an plus tard, son cœur était normal. Frankel, aujourd’hui âgé de 66 ans, avoue qu’il ne peut pas être certain que le cannabis l’a soigné — mais il l’a certainement aidé. « J’étais déprimé et le cannabis a stoppé la dépression », rapporte-t-il. « Le cannabis m’a donné un but. Mon cerveau s’était activé. »

Les années suivantes, il a parcouru la littérature scientifique sur le cannabis, et en 2006, a ouvert un cabinet médical dédié au cannabis. Il a développé des formules pour toutes les huiles de la plante avec différentes combinaisons de THC, le composant psychoactif, et le CBD non psychoactif dont il soupçonnait d’importantes propriétés médicales.

En travaillant avec ses patients, il s’est rendu compte que plusieurs pouvait tirer des bénéfices à partir de petites doses. « Un quart de mes patients prennent moins de 3 mg de THC par jour », affirme-t-il. Il nomme cela la « dose correcte ».

Le microdosage

Bienvenue dans l’ère du cannabis 2.0. Avec le microdosage, on tire un maximum de bénéfices à partir d’une quantité minimale, sans être stone, paranoïa ou léthargique. Certains microdosent afin de réguler leur humeur, booster leur créativité, ou améliorer leur séance de sport ou de yoga.

Susannah Grossman, 29 ans, fondatrice de Verdant Communications à Denver, prend plusieurs petites doses dans la journée. « Cela élève mon esprit, me libère du stress et de la tension qui s’accumulent, et me permet d’aborder mon travail avec un plus grand intérêt. »

Michael Backes, auteur de Cannabis Pharmacy, affirme que lorsque la prohibition cessera, le microdosage pourrait devenir la façon la plus populaire de consommer du cannabis. A ce jour cependant, celui qui veut des microdoses rencontre deux obstacles : trouver la bonne dose minimale, et trouver le matériel qui permettra d’effectuer la mesure.

Le challenge pour trouver sa dose minimum c’est qu’elle est différente pour chaque personne. Avec la plupart des drogues, il y a une courbe en cloche. Si vous donnez deux aspirines à 100 personnes, la majorité trouveront que cela diminue leur douleur, alors que certains pourraient avoir des réactions négatives, ou avoir besoin de 8 pillules pour sentir l’effet. Mais avec le cannabis, il n’y a pas de réponse type.

Une raison à cela pourrait provenir de la façon dont les cannabinoïdes — THC, CBD, et d’autres molécules — contribuent au fonctionnement naturel du système endocannabinoïde, qui peut varier d’une personne à une autre. Les humains et autres mammifères possèdent des récepteurs cannabinoïdes, qui se trouvent dans tout le corps : tissus, organes, et particulièrement dans le cerveau. Le corps crée naturellement les molécules qui correspondent à ces récepteurs, et l’ensemble régule et équilibre les systèmes du corps, de la digestion au système nerveux en passant par le système immunitaire. Par coïncidence ou par évolution, les cannabinoïdes contenus dans le cannabis imitent les endocannabinoïdes produits par le corps.

Dustin Sulak, un physicien et médecin Reiki dans le Maine, USA, a pratiqué la médecine cannabique depuis 2009. D’après lui, il existe toujours des forces, comme les microbes ou les toxines de l’environnement, qui perturbent l’équilibre du corps, et d’autres forces comme le système endocannabinoïde, qui le rétablissent. « Notre corps travaille sans cesse pour prévenir la démence, réduire les inflammations, et répondre à n’importe quel processus pathologique », affirme Sulak. « Si nous pouvons améliorer le fonctionnement de ce système avec un léger supplément de THC, nous pouvons en tirer des bénéfices. »

La technique de Sulak

Sulak, 37 ans, aux cheveux noirs en queue-de-cheval, a développé un protocole pour le microdosage. « J’ai découvert que la plupart des gens ont un certain seuil pour le cannabis. En dessous ils ressentent une amélioration graduelle de santé, et au-dessus ils commencent à développer une tolérance, avec des bénéfices qui diminuent et plus d’effets secondaires, comme la perte de mémoire à court terme ou de la maladresse. » Il ajoute : « Je ne peux pas vous dire quelle est votre dose idéale, mais je peux vous apprendre à la trouver par vous-même. »

Il décrit sa technique : « S’abstenir de cannabis pendant deux jours. Le jour 3, prenez un milligramme de THC et un milligramme de CBD, de préférence sous la forme d’une teinture ou d’une huile qui permet une mesure précise. Avant consommation, posez-vous trois questions, et répondez avec une échelle de 1 à 10 : respirez-vous facilement, vous sentez-vous à l’aise et calme, et est-il facile pour vous de sourire naturellement, de vous sentir satisfait et reconnaissant ? »

Après avoir noté vos scores, vous prenez le cannabis, et répondez aux questions 45 minutes plus tard. S’il n’y a eu aucun changement dans vos scores et que vous n’avez ressenti aucun effet, augmentez la dose d’un milligramme.

« Répétez ce processus dans les jours suivants, en augmentant la dose par étape. Lorsque vous atteignez un point où vous ressentez une différence après consommation, vous avez trouvé votre dose minimale effective. »

Une fois arrivé à ce point, il a demandé à ses patients de continuer à augmenter la dose tout doucement. A un certain point, il n’y aura plus de bénéfices à tirer d’une dose plus forte. « Vous avez établi votre intervalle thérapeutique, et pouvez prendre la dose minimum. »

Je lui ai demandé comment il traitait les gros consommateurs qui ont développé une forte tolérance. Sulak dit qu’ qu’ils ont commencé par s’abstenir 48 heures. « C’est tout — c’est le moment magique où la tolérance est remise à zéro. » Pendant ce temps, il leur a demandé de faire de l’exercice et d’adopter une alimentation saine. Ils ont ensuite suivi le même protocole que pour les nouveaux usagers de cannabis, augmentant graduellement la dose jusqu’à ce qu’ils ressentent un effet.

Sulak a réalisé un sondage sur 48 gros consommateurs qui ont suivi son protocole, et a remarqué qu’ensuite ils utilisaient à peine moitié moins qu’auparavant et avaient de meilleurs résultats. « Vous économisez de l’argent », confie-t-il. « Si vous êtes un fumeur, vous diminuez la fumée qui rentre dans vos poumons, et avez moins d’effets secondaires. »

A contrario d’autres dans ce domaine, Sulak pense que le THC est le principal ingrédient qui agit sur la santé. « L’idée que le THC est récréatif et le CBD est médical est loin d’être la vérité », affirme-t-il. « Le THC, milligramme par milligramme, a des effets thérapeutiques bien plus importants que le CBD. Vous pourriez traiter une douleur avec 3 mg de THC, mais il faudrait 15 à 30 mg de CBD pour atteindre le même effet. » Pour le bien-être général et afin de prévenir la maladie, il recommande de combiner les deux molécules.

 

Mais voici le second obstacle : dans la plupart des états, il est difficile de trouver des produits qui permettent de connaître combien de milligrammes vous prenez de chaque cannabinoïde. Carter Casad, qui est à la tête de la recherche et du développement à The Farm, un dispensaire populaire dans le Colorado, affirme qu’il n’a « jamais vu ou entendu parler de produits qui se prêtent au microdosage. »

L’huile de chanvre Charlotte’s Web, la plus grosse vente d’huile de CBD aux USA, n’indique pas sur son étiquette le nombre de milligrammes de CBD par goutte. Ashley Grace, directrice du marketing, explique que ce manque d’indications permet de se conformer à la réglementation de la FDA. Grace rapporte que si les gens appellent le service client de CW Hemp, « ils peuvent apprendre comment doser le CBD. »

Le cas de Susannah Grossman

Cela permet de vous débrouiller pour savoir quels produits vont permettre d’effectuer le microdosage. Susannah Grossman, fondatrice de Verdant Communications, a procédé par essais et erreurs pour trouver son point idéal.
Lorsqu’elle était étudiante à Skidmore, dans le nord de l’Etat de New York, elle fumait du cannabis régulièrement, mais après avoir accepté un job à Manhattan, elle a arrêté. « Le lieu de travail n’était pas un environnement où vous pouviez être ouvert à ça », avoue-t-elle.

Après avoir trouvé un nouveau travail à Boston, elle travaillait 75 heures par semaines et prenait des antidépresseurs. Elle souffrait de crises causées par ces médicaments et a dû les arrêter. Elle se documenta sur le cannabis et compris que cela pouvait lui permettre de l’aider à sortir de sa dépression (voir l’article Le cannabis fait chuter la dépendance aux anxiolytiques), et commença à incorporer des faibles doses dans son régime quotidien. « J’avais une grande peur que cela m’empêche d’écrire ou de travailler », avoue-t-elle. « Que je deviendrais molle et serais moins productive. Mais c’est le contraire qui s’est passé. Le microdosage m’a aidé à me concentrer et à accomplir davantage. »

Susannah a déménagé dans le Colorado en 2015, où elle a remarqué que grâce à l’usage récréatif autorisé dans l’état, « Vous avez le luxe d’essayer une infinité de variétés jusqu’à ce que vous trouviez celle qui vous convient le mieux. C’est impossible dans un état où c’est illégal. » Partout où elle allait, elle achetait quelques grammes de nouvelle variétés, les testait, et essayait différentes combinaisons et dosages. « Ça m’a pris un peu de temps avant de trouver ce qui fonctionnait », dit-elle. « Actuellement j’essaye une teinture à 5 mg de THC et de CBD. Ensuite je prends une bouffée d’une variété trois ou quatre fois par jour si je sens que l’effet s’atténue, ou si j’ai une réunion et que j’ai besoin d’une nouvelle perspective. »

J’ai demandé si elle se souciait de la dépendance. « Non, parce que je fais des pauses de plusieurs semaines ». Susannah surveille son seuil de tolérance, et note toutes ses consommations, et si ça ne va pas, elle réduit.

Elle n’a eu aucune crise depuis qu’elle a déménage dans le Colorado, et pense que le CBD l’a aidée. « Mais il y a quelque chose à propos du THC dans la sativa que j’aime beaucoup. Cela élève mon esprit — rend les choses plus ludiques. » Et après une pause, elle rajoute : « Et j’accomplis toujours une tonne de travail ! »

Source : Why microdosing is taking over medical marijuana, rollingstone.com le 20/04/17

Traduit par TheOnlyMaX le 26/05/17

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